Inspiratie Toujours quelque chose de ma grand-mère avec moi

Toujours quelque chose de ma grand-mère avec moi

Sereni propose des écharpes qui sont à la fois un rappel et une façon de parler de la vie

Imaginez que vous portiez une écharpe en laine faite à la main que votre grand-mère portait de son vivant. Y a-t-il une meilleure façon de se sentir connectés après la mort ? Avec l’artiste Ilse Van Roy, Sereni a mis en place un projet original.

Lieselotte Quirijnen (24 ans), troisième génération des pompes funèbres Quirijnen à Brasschaat, est heureuse. Elle vient de recevoir de l’artiste Ilse Van Roy une boîte contenant l’écharpe en laine faite à la main dans des tons chauds et profonds, qu’elle avait faite spécialement pour sa grand-mère. Et qu’elle lui remettra bientôt au centre de soins.

 L’écharpe fait partie du projet “Je ne suis pas le vent”, que Sereni a mis en place avec l’artiste. Ilse, passionnée de textile et de tricot, conçoit des écharpes à la demande de Sereni. Sereni va concevoir des écharpes “sur mesure”. Le “sur mesure” peut être pris au pied de la lettre: il s’agit d’écharpes dans lesquelles l’artiste intègre, de manière subtile, des références à l’histoire de la vie de la personne pour qui elles sont faites. Pensez à des points pour le nombre d’enfants, à une ligne ou une croix en pointillé comme symbole de perte, ou des barres de couleur qui symbolisent des caractéristiques humaines importantes. L’histoire de la vie sur laquelle Ilse fonde son travail est racontée par la famille, qui choisit également la couleur de base. Lorsque l’écharpe est terminée, elle est remise à une personne de la famille concernée comme petite attention, afin qu’elle puisse la porter et se sentir en sécurité. L’écharpe sera rendue à la famille après le décès, afin qu’elle conserve un souvenir matériel et réconfortant. “C’est une écharpe qui réchauffe, enlace et réconforte”, dit Ilse. “Il fallait qu’elle soit assez grande pour cette raison, pour que le porteur puisse s’y envelopper et y trouver du réconfort, un peu comme les bébés connaissent la sécurité quand ils sont emmaillotés.”

L’artiste s’est sentie immédiatement concernée par la demande de Sereni. “La mort a toujours été un thème important dans mon travail. Le mystère des adieux et de la disparition, rendent la vie elle-même encore plus pertinente. Plus jeune déjà, je fréquentais d’anciens cimetières, à la recherche de tombes fleuries et de poésie. D’où cela vient-il? Je connais un certain nombre de personnes qui sont décédées prématurément. C’est peut-être pour cela et aussi parce que mon père possède une maison de retraite. En signe de respect, il voulait accompagner les résidents le mieux qu’il le pouvait jusqu’au dernier moment. C’est ainsi que j’ai appris que la mort est une chose précieuse, qui nécessite de l’attention. Cela est resté et j’essaie de l’exprimer dans mon art.”

Ilse a des conversations profondes avec les membres des familles.”Des histoires très prenantes”, dit-elle. “Des histoires inspirantes car celui qui est proche de la mort a vécu beaucoup de choses”. C’est difficile de trouver les couleurs et les symboles pour fabriquer une écharpe qui correspond à la personne. “Mais si elle réussit, c’est très réconfortant.”

Conversation émotionnelle

Sereni offre des écharpes en premier lieu aux personnes de centres de soins, qui vivent encore plus dans l’isolement à cause du corona. “Ma grand-mère aussi”, dit Lieselotte. “Depuis le mois de mars 2020, je ne l’ai plus vue, ni prise dans mes bras, même lors de son quatre-vingt-cinquième anniversaire en décembre 2020.”

L’écharpe a comme couleurs de base l’orange et le bleu. Lieselotte s’y enveloppe et sourit. ” Je ne l’enlève plus.” Elle passe sa main sur les rayures verticales qui symbolisent les traits les plus importants de sa grand-mère: le courage, l’attention, la persévérance et l’indépendance. “Je suis fière d’elle”, dit-elle. Elle est également impatiente de remettre l’écharpe à sa grand-mère. Lieselotte est attirée par le message de cette écharpe.

L’objectif est que les écharpes permettent également de relier les familles. Ilse: “Quel regard portez-vous sur votre vie? C’est une question très importante. On ne la pose pas très souvent. L’écharpe est également une invitation à entamer cette conversation.”

Lieselotte a un bon contact avec sa grand-mère, après l’école elle mangeait tous les jours chez sa grand-mère. “Nous n’avons pas eu une véritable conversation depuis longtemps”, dit-elle. “Ma grand-mère n’a pas eu une vie facile. Elle a perdu son mari étant très jeune. Avec trois de ses cinq enfants, elle n’a plus aucun contact. Elle ne le montre pas, mais elle ressent beaucoup de tristesse.” Lieselotte voudrait entamer une conversation à ce sujet. “Ce sera émotionnel pour moi et pour elle. Elle fait partie d’une génération où on ne montre pas beaucoup de sentiments. Mais plus que jamais, je me rends compte que sa fin approche. Pour le temps qu’il nous reste, je voudrais renforcer le lien avec ma grand-mère, afin que nous n’ayons pas de regrets. J’espère pouvoir transmettre ce message: Ne vous retenez pas, votre histoire est la bienvenue.

“Il est tellement nécessaire de faire quelque chose de mémorable pour un adieu”, convient Ilse. “Mais ce n’est pas dans notre culture. Nous n’avons plus de ‘phase préliminaire’ avant l’adieu. On ne garde plus les défunts à la maison. Nous avons perdu l’habitude de nous occuper de nos grands-parents bien avant leur mort. Nous ne pouvons pas perdre les liens avec nos aînés et les laisser seuls. Ils ont tellement de choses à nous transmettre, c’est une question d’humanité.”

Pas de tabou

Pour Lieselotte, cette idée est liée à son travail au funérarium. “J’ai souvent l’impression que les gens ont des questions. Vous ne trouvez pas cela effrayant? Ou: Si jeune et si souvent parmi les morts La mort n’est pas un tabou pour moi. Non, la mort fait partie de la vie et pour moi c’est un moment que vous ne pouvez pas laisser passer. Bien sûr, j’ai été élevée dans ce milieu. Mais j’ai toujours trouvé très beau de voir ce que l’on peut faire pour faire des adieux dignes à quelqu’un, ce qui est également bénéfique pour les proches.”

Le titre du projet est judicieusement choisi à cet égard. Je ne suis pas le vent, je ne soufflerai pas toujours. “Peut-être que cela semble dur”, dit Ilse. “Mais en même temps, il est précieux que vous acceptiez ce message difficile et que vous en fassiez quelque chose de sorte que l’adieu s’entrelace avec la vie.”

L’artiste espère que les écharpes auront un effet et rapprocheront les familles. “Un moment d’attention sincère l’un pour l’autre, pour moi c’est déjà une réussite”, dit Ilse. Elle est convaincue que les écharpes, en fine laine italienne, seront appréciées et portées. Lieselotte a certainement l’intention de le faire. “Bien sûr. Mais l’idée qu’il y aura quelque chose de tangible de ma grand-mère après sa mort est une chose très importante pour moi. Pour que je puisse la garder très près de moi pendant encore longtemps.”